“Ikea : un modèle à démonter”, un livre contre une société en kit

“IKEA est socialement responsable, IKEA est impliqué dans la préservation de l’environnement. IKEA est une grande famille. IKEA est au service du plus grand nombre. IKEA veut améliorer votre vie. IKEA vous aime.

Tel est le message que distille la multinationale du prêt-à-habiter, et on y croit d’autant plus volontiers qu’elle nous permet, en bonne conscience, de succomber à toutes nos pulsions consommatrices. Achetons, jetons ! Puisque le bonheur et la démocratie passent par l’achat ! Vraiment ?

Réflechissons deux secondes et reprenons les principaux arguments d’Ikea pour les confronter à la réalité :

1) Un style personnel pour affirmer votre personnalité. Au moins 60% de la gamme est commune à tous les magasins dans monde. Le plus gros de la gamme est formé de la déclinaison (couleurs, dimensions) d’un nombre restreint de produits. Votre nid d’intimité, ce lit au design si original et qui vous correspond si bien, vous le partagez avec la plupart des 410 millions de clients d’Ikea. Encore un petit effort et bientôt toute trace de culture ou de patrimoine aura disparu, remplacée par des bureaux FLÄRKE et des chaises SNILE. Le monde est un village, on vous dit.

2) L’environnement, un souci de tous les instants. Les bois dont sont faits les meubles Ikea seraient issus de forets certifiées. Encore faudrait-il que les filières, en particulier en Asie, soit véritablement connues et suivies. Mais bon, admettons que la firme fasse ce qu’il faut pour améliorer les contrôles. Il n’en reste pas moins qu’Ikea fait appel à des producteurs du bout du monde (l’Asie en particulier) pour satisfaire ses énormes besoins et surtout pour tirer ses prix vers le bas. Tous ces matériaux voyagent sur des milliers de kilomètres pour être mis en oeuvre (toujours là où c’est le moins cher), conditionnés puis portés sur les lieux de vente. Les quantités de CO2 rejetées sont affolantes et personne ne peut prétendre que c’est là une attitude écologique. Et que dire des millions de clients qui prennent leur voiture pour faire 100…200 kms pour acheter leur part de bonheur en kit? D’autant que ces meubles et accessoires ont une durée de vie limitée : il faudra bientôt les remplacer et…re belote pour un tour du monde .

3) La satisfaction du plus grand nombre : Ikea, l’entreprise démocratique par excellence. On pense tout de suite aux sous-traitants dans les pays “en voie de développement”. Après quelques scandales et pour couper court aux critiques, Ikea à mis en place une charte de bon comportement chez ses sous-traitants. Bien…sauf que ses exigeances sont minimales et que le contrôle n’est pas l’oeuvre d’organismes indépendants mais… d’Ikea elle-même. Le contrôleur est aussi le contrôlé. Bien entendu, les résultats de ces contrôles ne sont pas rendus publics.
On peut aussi penser au employés d’Ikea. Recrutés selon des profils bien précis (âge, situation socio-culturelle semblable à celle des clients, capacité à adhérer au système…), on leur demande de considérer leur entreprise comme leur famille. Et que ne ferait-on pour sa famille…travailler le soir et le dimanche, prendre des responsabilités tout en restant dans un job peu valorisant et surtout…ne pas râler quand on a la chance de participer à une telle œuvre collective. Chez Ikea, le mot “syndicalisme” évoque plus des pratiques exotiques qu’une réalité sociale.
Les élus se battent pour avoir “leur” Ikea. Ils adorent qu’on leur promette la création de plusieurs centaines d’emplois et savent que ces chiffres marqueront les esprits de leurs électeurs. Mais regardons de plus près : Ikea emploie 90 000 salariés et fait travailler 320 000 personnes par le biais de la sous-traitance. Soit 410 000 personnes pour 410 millions de clients. Soit 1 personne pour 1000 clients. Or, si ces 1000 clients se meublaient chez des artisans, ce n’est pas 1 mais 3 ou 4 personnes qui auraient du travail. Car il ne faut pas se leurrer, les économies d’echelle réalisées pour garder des prix plancher, ce sont aussi des économies d’emplois. Enfin bon, tous ces chômeurs pourront toujours aller se meubler chez Ikea, puisque c’est si bon marché… .

4) Un exemple de transparence. Nous avons déjà évoqué le problème du manque de transparence en ce qui concerne le contrôle de la charte éthique chez les sous-traitants. Ce n’est qu’un exemple de la politique du secret de la multinationale. Malgré les drapeaux suédois flottant à tous vents devant chaque magasin, Ikea n’a plus de Suédois que son fondateur et le nom de ses meubles. Ikea est un montage complexe et juridiquement flou de sociétés, filiales, fondations qui se partagent entre les Pays-bas, le Danemark, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, Panama…parmi lesquels des pays connus pour leur transparence fiscale. Bref, il est impossible de savoir qui fait quoi et surtout A QUI appartient vraiment Ikea…et où va l’argent .

“Ikea, un modèle à démonter” démonte un à un tous les mythes savamment mis en place par une communication d’une efficacité remarquable. On y apprend aussi un peu plus sur la personnalité trouble d’Ingvar Kamprad, le “père” fondateur. Homme d’affaire de génie, il se double d’un communicateur habile qui a même su retourner en sa faveur son passé nazi et ses amis révisionnistes. Si les auteurs ont choisi d’enquêter sur cette entreprise en particulier, c’est parce qu’elle est représentative. Mais malheureusement, elle n’est pas seule. Ce livre est un miroir qu’on nous tend. A nous de nous regarder dans les yeux et de nous demander : “Voulons-nous vraiment de cette société en kit?” .

“Ikea, un modèle à démonter” O.Bailly, D.Lambert, J-M.Caudron, Editions Luc Pire, Belgique, 2006

8 pensées sur ““Ikea : un modèle à démonter”, un livre contre une société en kit

  • 3 novembre 2006 à 11 h 22 min
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    Trés bonne analyse !

    Je n’aurais pas grand chose à ajouter simplement une remarque : j’ai récement constaté les similitudes frappante entre les couleurs des logos "Ikea" et "Lidl" ?

    Est-ce un signe ou des couleurs bien particulières agissant sur le subconscient du consommateur ?

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  • 3 novembre 2006 à 15 h 10 min
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    Je ne connaissais pas vraiment les dessous d’Ikea, bien que je m’en doutais un peu au même titre que d’autres grosses industries.

    Je ne suis pas fâchée d’avoir décidé récemment que dorénavant je me meublerais chez Emmaüs…

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  • 3 novembre 2006 à 19 h 58 min
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    Je ne connais pas l’origine des couleurs de Lidl, mais le bleu et jaune d’Ikea vient du drapeau suédois. Le bleu est plus foncé que celui du drapeau, cependant. Sans doute pour renforcer le côté "rentre dans l’oeil" de ces deux couleurs primaires.

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  • 3 novembre 2006 à 21 h 29 min
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    Bonsoir,
    C’est une manière de voir les chose qui n’est peut être pas fausse pour certain. IKEA mets à disposition un certain nombre de produits de qualité (j’en ai certains à la maison). Ces produits sont fait pour duré, il ne tiens qu’au consommateur de savoir que faire avec ce qu’on lui propose! On peut faire le choix "d’acheter jeter", mais on peut aussi s’assoir sur le fait que la qualité nous permet d’avoir des ustensile durable!

    Soit on est comacteur, soit on est consosuiveur…

    Voilà!

    bonne soirée 🙂

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  • 4 novembre 2006 à 16 h 40 min
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    Des meubles de qualite?! Si j’en crois une etude d’une assoc de consommateur qui a teste les meubles pour chambre d’enfants leur meubles sont pourris de COV alors no thanks!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  • 12 novembre 2006 à 13 h 45 min
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    Bonjour tout le monde,

    je suis actuellement étudiante en 3ème année de graduat en assistante de direction et je fais mon travail de fin d’étude sur l’exploitation des enfants. J’aimerais faire mon cas pratique sur Ikea et son projet commun avec Unicef…

    Je voulais savoir si ce livre pourrait m’aider pour mon travail, est-ce qu’il parle de l’exploitation des enfants? je ne veux pas l’acheter pour rien…

    Merci beaucoup

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  • 15 novembre 2006 à 14 h 51 min
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    Salut,
    On s’en doutait un peu, mais il est vrai que certains articles sont de qualité tout à fait satisfaisante, par exemple, j’ai des meubles genre vitrines qui sont réellement en bois massif, des petit meubles à linge aussi.
    Par contre, dés que je vois du "compressé" ( en cherchant bien sur le meuble, il y a presque toujours un endroit ou ça se voit), je laisse directement tomber !

    A quant le même genre de livre sur Monsanto ou une des firmes pharmaceutiques ???? 😎
    @+

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  • 15 novembre 2006 à 15 h 20 min
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    Réponse à Lily :

    Le livre parle largement de la responsabilité sociale d’Ikea et de l’IWAY, le "code de conduite" qu’elle a mis en place en partenariat avec l’UNICEF et d’autres organisations. Il concerne le travail des enfants mais surtout les conditions de travail chez les sous-traitants de façon général. Il te serait sans doute utile de te le procurer, ne serait-ce que pour avoir une lecture critique de ces conventions et des dilemmes qui se posent aux ONG face à ce type de partenariats.

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